Biography

Gully, Street artist

 

Gully

 

 

 


 

Peux tu te présenter ?

Gully, amateur d’aérosols et amoureux d’art en général.

Peux tu nous expliquer ton concept ?

 

Mon concept est tiré d’un mouvement qu’on appelle « l’appropriation ». C’est un art conceptuel des années 70-80, avec des artistes comme Richard Pettibone ou Mike Bidlo. En gros je prends les icônes de l’art, et en particulier ceux que je considère comme des maîtres, et je les peints en les faisant se rencontrer dans mes tableaux. Parfois, j’y ajoute des pincées de l’univers qui était le mien, le graffiti et ses artistes. J’ai déjà fait se rencontrer des artistes comme Rockwell, Basquiat, Hooper, Warhol, Koons, Klein, Haring, Prince, Banksy, Os Gemeos, et je continue au fur et à mesure que j’avance et que je suis inspiré par de nouveaux artistes… C’est en quelque sorte un hommage que je me permets de leur faire.

 

 

Donc on ne peut pas dire que ton travail soit du graffiti sur toile.

Penses-tu appartenir au mouvement graffiti ?

 

Comme on dit dans le graffiti « Est ce que tu poses encore ?»… La réponse est non, ou si je refaisais quelque chose, ce sera sous d’autres « blazes » donc tu ne le saurais pas.

Est ce que j’ai appartenu au mouvement graffiti, oui, « je crois pouvoir dire qu’on a œuvré pour le hip hop, désolé si de nos jours, il y en a encore que cela choque », (Joeystarr, ndlr).

Je n’ai pas demandé qu’on me classe dans le Street Art, même si je n’ai rien fait contre. Je fais des tableaux plutôt éloignés du Graffiti même si j’en introduis dedans mais c’est vrai que je reste issu de la mouvance graffiti. Je ne suis pas comme beaucoup d’artistes qui se disent Street Artiste parce qu’ils souhaitent s’accrocher aux wagons d’un train en marche, sans jamais avoir fait de rue et encore moins de trains… et dès qu’ils font la moindre pauvre merde dans la rue pour obtenir une « street crédibilité », ils la médiatisent à mort, voire même ils te vendent la photo… Ca fait peur !

Personnellement, je préfère qu’on ne me considère plus comme venant du graffiti, mais appartenant à l’art contemporain, plutôt qu’on me demande de me justifier. Si j’ai changé de blaze, ce n’est pas pour te raconter ma vie…

 

 

Tu n’as pas peur qu’on qualifie ton œuvre de plagiat ?

 

Si tu ne connais rien à l’art tu peux… Je reprends des parties de tableaux, donc si tu observes le tableau, tu vois tout de suite que ce n’est pas le tableau original. Après si tu considères que Warhol, en s’inspirant des icônes de la pub n’était qu’un copieur, ou Lichtenstein qui reprenait ceux de la BD, ou encore Picasso qui a repris entre autre Manet…

 

Si pour toi ce ne sont pas des artistes mais des copieurs, alors d’accord j’accepte la critique, tu pourras m’appeler « l’idiot du village de l’art urbain » en référence à Cattelan!

Presque tout a déjà été visité et revisité. Quand j’évoluais dans le graffiti, on ne faisait que s’inspirer les uns les autres, avec un style qui venait clairement de New York, en y introduisant des personnages essentiellement venus de la BD… Ce qui comptait ce n’était pas qui avait inventé le style mais la dextérité avec laquelle on le maitrisait, et surtout, comment, où et dans quelles conditions on l’avait réalisé.

Il ne faut pas qu’on oublie qu’on opérait exactement comme les publicitaires, sauf qu’on s’appropriait sans autorisation les espaces publics, tout en restant dissimulés. Le seul but était l’efficacité de ce qu’on avait réalisé, plus c’était vu et plus c’était apprécié techniquement, meilleur on était. Clairement c’était une compétition, où il fallait porter ses couilles, pour peindre au meilleur emplacement.

Aujourd’hui si tu regardes ce qui se fait dans ce qu’on appelle pompeusement l’Art Contemporain Urbain, il n’y a pas grand-chose qui m’arrache la gueule. Beaucoup d’anciens qui nous servent du réchauffé, même si certains ont été de véritables références pour moi… Là devant leurs tableaux je m’emmerde, j’aurais envie de les voir innover dans les idées, créer, et être à la hauteur de leur nom… Je ne parle pas des opportunistes qui n’ont rien à voir avec le mouvement, à vrai dire, eux je ne les vois même pas.

 

 

C’est intéressant ce que tu dis, donne nous des noms ?

Ah des noms ! toujours des noms !!!

 

Si tu veux qu’on parle du fait de repomper un style, tu vas retrouver pas mal de choses que tu as déjà vues de Speedy Graffito chez Erro, de Banksy chez Blek le rat, de Blek chez Warhol, de Fenx dans Jonone, de Jonone dans les saturations d’Azyle, de Rero dans Christopher Wool, de Zeus dans la publicité, je peux te citer pas mal d’exemples comme ça. Mais ça n’existe pas que dans le street art, c’est vrai dans l’art en général… Les anglo saxons eux donnent facilement leurs sources d’inspirations, à l’inverse les français veulent te faire croire que ce sont les créateurs, mais si tu as des connaissances dans l’art, tu retrouves les références tout de suite… Bon au final, on s’en fout si l’œuvre est belle… on faisait bien pareil dans le graffiti.

Après si tu veux parler des artistes qui font du réchauffé, j’entendais par là des artistes qui n’ont pas su faire évoluer leur style sur toile. Même si ça fonctionne très bien pour les légendes qui nous ont fait rêver, comme Bando, Mode2, Mist, Seen, Dondi, Taki,.. on achète un morceau d’histoire, une partie de jeunesse. Si tu oublies qui est l’artiste et que tu prends un peu de recul sur l’oeuvre en elle-même, ça devient un peu plus compliqué pour certains, et je dis ça en étant leur premier client, mais ça reste de l’achat de fan.

 

Par contre si tu n’es pas un pionnier ou l’inventeur d’un style, il faut que tu sortes de la mêlée, et ça il y en pas beaucoup qui y arrivent.

 

Aujourd’hui la compétition est toujours présente entre les artistes, et elle se fera au niveau de la demande des collectionneurs. On ne peut plus mentir ou se faire des films, s’imaginer qu’on est le meilleur. Les galeries sont des marchands et les meilleures galeries viendront chercher les plus demandés. On ne peut plus imposer ce qui nous passe par la tête comme on le faisait dans la rue, c’est ceux qui vendront le plus cher, qui seront les plus forts, et ça c’est nouveau pour ce mouvement. Le juge c’est le marché alors qu’avant il n’y avait aucune notion d’argent… hormis le montant des amendes !

 

 

Quelles sont les réactions des collectionneurs quand ils voient un de tes tableaux ?

 

Alors, d’après ce qu’on me rapporte, c’est assez drôle car soit ils détestent soit ils adorent, mais ils passent du temps devant, à analyser la technique. Les tableaux ne laissent personne indifférent et ça pour moi c’est preuve que mon concept et mon travail sont efficaces, qu’ils sortent du lot…

 

 

En arrivant dans ton atelier, j’ai vu que tu t’attaquais à de nouveaux artistes, mais le grand public connait surtout ton travail autour de Hooper et Basquiat.

 

En fait, je travaille pas mal pour moi dans mon coin, et je travaille sur des d’artistes que je considère comme majeurs dans l’art, j’ai un éventail infini d’inspiration donc je travaille aussi bien sur des oeuvres venant de la sculpture, de l’art contemporain, du street, de l’illustration, du conceptuel. Mais je ne laisse pas tout sortir de mon atelier, j’ai besoin d’être sûr à 100%. 

Les Hooper et les Basquiat sont les premiers qui sont passés en vente publique et qui m’ont donc offert une véritable visibilité, les autres sont restés plus underground.

Je vais sortir le reste de mon travail dans très peu de temps, plusieurs shows sont prévus…

 

 

Pourquoi ne veux tu pas que l’on connaisse ton identité ?

 

Pourquoi pas ? j’ai envie de te dire !

Plus sérieusement, ce que je fais sur toile sous le nom de Gully, n’a rien à voir avec ce que je faisais dans la rue. Actuellement, je n’écris pas mon nom donc pourquoi lier mon passé à mon présent? Quand je cherchais du boulot, je n’écrivais pas mon blaze sur mon CV, là je fais des tableaux, je ne suis plus dans le graffiti, donc je n’écris pas mon blaze sur mon tableau.

Je vais aussi te faire une confidence, je trouve jouissif d’être à côté de personnes qui te critiquent en bien ou en mal sans qu’ils sachent que tu es l’artiste qui a créé l’objet de leurs critiques. Si tu réfléchis bien c’est encore un des traits que j’ai tiré du graffiti, voir arriver un train que j’avais défoncé, monter dedans et écouter les réactions des gens indignés qui te prennent à partie !

Donc je te confirme que j’irai sûrement voir mes expos, sans qu’on sache que je suis l’artiste !

 

 

Tu sais que depuis tes résultats presque inédits en art urbain, les rumeurs vont bon train à ton sujet ?

 

Comme quoi il n’y a pas que dans le graffiti que ça jacte, mais ça reste de la masturbation de l’esprit, qu’est ce qu’on en a foutre de qui je suis, je t’ai déjà dit d’où je venais et ce que je faisais, ça te suffit largement, le reste ça ne te regarde pas, ce n’est pas ma tête ou mon CV que tu vas accrocher dans ton salon.

 

 

Quels réseaux utilises-tu pour vendre tes toiles ?

 

Pour l’instant ce n’était que par le réseau de mon agent, ce qui représentait déjà un certain volume à produire pour moi, car la liste d’attente n’est pas encore épuisée.

Par contre comme tout réseau fermé, il a des limites, je vais donc passer par des galeries, qui m’ouvriront d’autres portes.

 

Tu as l’air d’être assez lucide sur le marché, pourquoi ne vends tu pas comme d’autre directement sur ton site en supprimant des intermédiaires ?

 

Chacun son métier, et puis je suis un très mauvais vendeur. Et parce que tout ceux qui l’ont fait se sont souvent plantés et sont repassés à une galerie derrière.

 

 

 

 

Gully, Street artist, Urban art

 

Aerosol lover and art lover in general

 

 

 


 

 

 

Can you explain your concept ?

 

My concept comes from a movement we call « appropriation ». It’s a conceptual art from the 70’s and 80’s, with some artists like Rickard Pettibone or Mike Bidlo. Roughly, I use the art icons, especially those I see as masters and I paint them. I make them meet each other in my paintings. I sometimes add a bit of my universe, Graffiti and its artists. I’ve already made some artists meet each other like Rockwell, Basquiat, Hooper, Warhol, Koons, Klein, Haring, Prince, Banksy, Os Gemeos. I keep doing it as soon as I’m progressing and I’m inspired by new artists…I take the liberty to pay them a sort of homage.
So we cannot call your work Graffiti on canevas.

 

Do you think you belong to a Graffiti movement?

 

As we say in Graffiti « Are you still hanging? »… The answer is no. if I did something again, I’d use another pseudonym so you wouldn’t know.
If I’ve belonged to the Graffiti movement, the answer is yes. « I think I can say we strove for the Hip Hop, sorry if nowadays it still offends some» (Joeystarr – French Hip Hop singer ed.)
I didn’t ask to be categorized as a Street artist although I don’t have anything against that. I do paintings, they’re far from Graffiti but I put some on it. I still have a Graffiti influence. I’m not like a lot of artists who claim themselves as Street artists because they’d like to climb on the bandwagon. They haven’t done some streets and even less some trains. As soon as they do the least shit in the street, just to get a « street credibility », they broadcast it abundantly. They even sell the picture…It’s scary.
Personally, I see myself more like coming from Graffiti but I belong to contemporary art, instead of asking me to justify myself. If I change my pseudonym, it’s not to tell my life.

 

Aren’t you afraid we consider your work as a plagiarism?

 

If you don’t know anything about art, you can…I use some part of paintings. If you observe the painting, you can immediately see it’s not an original one. If you think that Warhol was a plagiarist being inspired by advertisings icons, or Lichtenstein who used comics or Picasso who used a painting by Manet…
According to you, if they aren’t artists but plagiarists…alright, I accept the critic. You’d be able to call me the « village idiot of urban art » in reference to Cattelan!
Almost everything has already been revisited. When I performed in Graffiti, we kept being inspired by each other, with a style coming from New-York. We add characters essentially from cartoons. The one who invented the style didn’t matter but the dexterity with which we controlled it, especially how, where and in which conditions we produced it.
We shouldn’t forget we worked as same as publicists. But we used the public area illegally and we were hidden. The only goal was the efficiency of what we made. More it was seen, more it was technically appreciated, better we were. Clearly, it was a competition. We get to carry our balls to paint at the best place.
Today, if you look in what we call the urban contemporary art scene, there’s nothing that impresses me anymore.
The old school doesn’t do anything new, even if some of them are real references to me.
In front of their painting, I would like to see them innovating their ideas, creating and to be as important as they were
I’m not speaking about opportunists; they’re different from the movement. To be honest, I don’t even see them.

 

It’s interesting what you are saying, give us names?

 

Ah Names! Always names!!!I You want to speak about ripping off a style. You’ll find a lot of things you’ve already seen from Speedy Graffito in Erro, from Banksy in Blek le rat, from Blek in Warhol, from Fenx in Jonone, from Jonone in the saturation of Azyle, from Rero in Christopher Wool, from Zeus in advertisings. I can tell you a bunch of examples like that. It doesn’t exist only in Street art, but in art in general…The Anglo-Saxons give easily their sources of inspirations. At the opposite, French people want to make you believe they are creators. If you know about art, you’ll find immediately the references by yourself…Well, at the end we don’t care. The work just has to be nice…we did the same in Graffiti.
And, if you want to speak about artists who make warm-up works. I was thinking about artists who haven’t been able to progress on canvas. It works very well for dream legends like Bando, Mode2, Mist, Seen, Dondi, Taki…we buy a part of history, a part of youth. If you know who’s the artist and you put the work itself into perspective, it becomes a little bit complicated for some people. I was the first client but it’s still a purchase fan.
However, if you’re the pioneer or the inventor of a style, you should go out of the melee. Not a lot of people can do it.
Today, the competition is always present between artists. It’s made from the demand of collectors. We can’t lie or imagine we are the best. Galleries are sellers. The best sellers will come to find the most demanded artist. We can’t force what comes to our mind like we used to do in the street. Those who’ll become the most expansive who’ll be the strongest; this is new for the movement. The judge is the market. It wasn’t used to be a question of money…except the price of the fine.

 

What the reaction of collectors when they see one of your paintings?

 

From what I heard, it’s quite funny. Either they hate or they love. They take time to watch it, they analyze the technique. My paintings don’t let anyone unmoved. It shows my concept and my work are efficient, they stand out…
When I arrived at your workshop, I noticed you’re starting to work on new artists. The general public especially knows your work on Hooper and Basquiat.
In fact, I work by my side often enough. I work on artists I think as majors in art. I have an endless range of inspiration. They come from sculpture as well as contemporary art, from the street, from illustration or conceptual. But I don’t let everything going out of my workshop. I need to be sure 100%.
The works on Hooper and Basquiat are the first passed in public sales. They offered me a real visibility. The others are still quite underground.
I’m taking out the rest of my work in a short while. Several shows are intended…

 

Why you don’t want us to know your name?

 

I rather say…why not?
More seriously, what I do on canvas as Gully is very different from what I used to do in the street. At the moment, I don’t write my name. Why linking my past to my present? When I used to look for a job, I didn’t write my pseudonym on my resume. Here I do paintings, I don’t do Graffiti. I don’t write my pseudonym on my paintings.
I’m telling you a secret. I enjoy being next to people who’re criticizing me, in good or bad way. Especially when they don’t know I’m the artist, the one who created the subject of their critic. If you think about it, it’s a trait I took from Graffiti. When you watch a train you just smashed coming, getting in and you listen the reactions of outraged people.
By now, I can tell…I ‘ll go to see my exhibitions without people know I am the artist.
Since your results, do you know rumors keep coming about you; especially they’re almost unseen in urban arts?
It just shows gossips aren’t only in Graffiti. It’s still some spirit masturbations, Why would you give a shit about who I am? I told you where I came from, it is enough for you. The rest is none of your business. Is it my work or my resume you’ll hang in your living room.

 

Which network do you use to sell your paintings?

 

Right now…only from my agent’s network. It already represented a quantity to produce for me because there’s still a waiting list.
However, as every closed network, it has limits; I’m going to work with galleries which will open me others doors.

 

You look very lucid about the market. Why don’t you sell directly on your website by deleting mediators?

 

To each his own! And I am a very bad seller. And because those who did it get it wrong and came back to a gallery.
Can you talk about your near future?
I see it beautiful; I’m preparing a solo Show in Paris, and different countries far from France. But everything will be official on time. Right now, I need to produce and to enjoy it otherwise nobody will exhibit my work.